Dimanche 9 décembre 2007
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La Pinacothèque de Paris donne à voir, jusqu'en janvier 2008, 100 oeuvres du russe Chaïm Soutine dont beaucoup n'avaient jamais été rassemblées
depuis plusieurs dizaines d'années.
daullé
Portrait de Soutine Huile sur papier 2004
Emotion intacte, 64 ans après la mort de celui que Modigliani considérait déja dans les années 1920 comme un génie.
Profusion incroyable de couleurs vives en formes d'arbres de maisons, d'animaux ou d'humains fixés pour l'éternité sur la toile qui révèlent l'asymétrie des visages, des postures, les
pentes des rues de Cagnes, de Céret, de Vence ou de Chartres, qui restituent les
mouvements visibles et invisibles de la nature et de la vie.
Si Bacon utilisait des couleurs claires pour exprimer la rotation des corps sur eux-mêmes devant l'immobilité quasi géométrique de l'arrière plan,
Soutine décalque le mouvement de sa palette en imposant son geste impérieux à toute la surface de la toile, provoquant par de simples gouttelettes la
vibration des complémentaires.
La maîtrise du pinceau de Soutine éclate : bouches pincées de ses personnages, expressions attentives, honteuses, boudeuses ; courbures des arbres des nuages et des maisons dans ses paysages.
Original, unique, étrange, inquiétant, tordu comme la vie.
Passer devant cette succession d'oeuvres magistrales qui parlent directement aux sens est une expérience qui n'a évidemment rien de commun avec la cotemplation de reproductions fussent-elles de
grand qualité comme c'est le cas dans le catalogue de cette exposition.
Soutine Paulette (détail) C Adagp, Paris 2007. C Pinacothèque de Paris 2007
Il faut courir à la Pinacothèque de Paris, admirer, se nourrir de cette peinture hardie et narrative à la fois. Avec une mention particulière à trois Oeuvres rarement vues car elles proviennent de
collections particulières "Paulette", "La folle" et "Le vase aux tulipes" qui necessitent une halte prolongée pour en mesurer toute la profondeur, en recevoir la force et la simplicité
apparente.
Cette simplicité devient complexité en revenant à plusieurs reprises se planter devant chacun de ces chocs visuels : de nouveaux traits des détails négligés apparaissent, ignorés aux
premiers regards, créant un effet de concentration des forces de l'oeuvre sur le sujet savamment mis en valeur par l'accumulation d'énergies picturales qui le composent et l'entourent.
Soutine La folle (détail) C Adagp, Paris 2007. C Pinacothèque de Paris 2007
Après avoir parcouru de haut en bas les étages de
la Pinacothèque de Paris on peut s'arrêter un instant sur les textes rappelant les étapes de l'existence de cet homme, Chaïm Soutine, dont l'errance et la personnalité résistent au rationnel
et à l'analyse.
Pas besoin de "PowerPlate", courrez voir Soutine :
L'effet de secousse est immédiat.
Si vous avez aimé, mettez-vous à la peinture aussitôt !
daullé
Portrait de Soutine Techniques mixtes 2006
Par Bertrand DAULLÉ
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Publié dans : International
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